Dans les foyers marocains, la préparation des chebakia marque l’approche du mois sacré du ramadan. Cette pâtisserie traditionnelle, reconnaissable à sa forme de rose ou de fleur tressée, exige patience et savoir-faire. Les familles se réunissent souvent plusieurs semaines avant le début du jeûne pour confectionner ces délices dorés, plongés dans le miel chaud et parsemés de graines de sésame grillées. Le parfum de la fleur d’oranger et des épices embaume alors les cuisines, créant une atmosphère de fête et de partage. Si la technique du tressage peut sembler complexe au premier abord, elle devient rapidement un geste naturel avec un peu d’entraînement. Cette recette ancestrale se transmet de génération en génération, chaque famille y apportant sa touche personnelle.
90
30
difficile
€€
Ingrédients
Ustensiles
Préparation
1. Préparer la pâte aromatique
Dans un grand saladier, tamisez la farine avec la levure chimique, la cannelle, l’anis vert, le safran, la gomme arabique et le sel. Cette étape d’aération rendra votre pâte plus légère. Creusez un puits au centre et ajoutez les œufs battus, le beurre fondu tiède, l’huile, le vinaigre et l’eau de fleur d’oranger. Le vinaigre joue un rôle essentiel : il permet d’obtenir une texture croustillante après la friture. Mélangez progressivement en incorporant la farine du bout des doigts, puis pétrissez énergiquement pendant une dizaine de minutes jusqu’à obtenir une pâte homogène, souple et légèrement élastique. La consistance doit être ferme mais non collante. Si nécessaire, ajustez avec un peu de farine ou quelques gouttes d’eau. Formez une boule, couvrez d’un torchon propre et laissez reposer 30 minutes à température ambiante.
2. Façonner les roses traditionnelles
Divisez la pâte en quatre portions égales pour faciliter le travail. Sur un plan de travail légèrement fariné, abaissez finement une portion à l’aide du rouleau à pâtisserie jusqu’à obtenir une épaisseur de 2 millimètres environ. La pâte doit être suffisamment fine pour devenir croustillante à la cuisson. Avec la roulette cannelée, découpez des bandes de 2 centimètres de largeur et 15 centimètres de longueur. Sur chaque bande, pratiquez quatre incisions parallèles dans le sens de la longueur, en laissant 1 centimètre intact à chaque extrémité. Vient maintenant l’étape du tressage, technique caractéristique de la chebakia : passez délicatement les extrémités de la bande à travers les fentes en alternance pour créer un motif tressé qui évoque une rose épanouie. Pincez les deux extrémités pour sceller la forme. Répétez l’opération avec toute la pâte et disposez les pièces façonnées sur un plateau sans qu’elles se touchent.
3. Griller le sésame pour l’aromatiser
Dans une poêle sèche à feu moyen, versez les graines de sésame et faites-les griller en remuant constamment pendant 3 à 4 minutes. Elles doivent prendre une belle teinte dorée et dégager un parfum de noisette. Retirez immédiatement du feu et transférez dans une assiette pour stopper la cuisson. Cette étape de torréfaction, appelée technique qui consiste à chauffer à sec pour développer les arômes, intensifie considérablement le goût du sésame et apporte une dimension gustative supplémentaire à vos chebakia.
4. Frire les chebakia à la perfection
Dans une friteuse ou une grande marmite à fond épais, chauffez l’huile à 170 degrés Celsius. Cette température précise est cruciale : trop chaude, vos pâtisseries bruniront trop vite sans cuire à cœur ; trop froide, elles absorberont l’huile et deviendront grasses. Utilisez un thermomètre de cuisine pour vérifier. Plongez délicatement 4 à 5 chebakia à la fois dans l’huile chaude sans surcharger le bain. Laissez frire environ 3 minutes de chaque côté jusqu’à obtenir une couleur blonde dorée uniforme. Retournez-les à mi-cuisson avec l’écumoire pour une coloration homogène. Égouttez soigneusement sur du papier absorbant.
5. Enrober de miel et parfumer au sésame
Pendant la friture, préparez le bain de miel : dans une casserole large, réchauffez doucement le miel avec 3 cuillères à soupe d’eau pour le fluidifier légèrement. Le miel doit être chaud mais non bouillant. Dès la sortie de la friteuse, plongez immédiatement les chebakia encore chaudes dans le miel tiède pendant 2 minutes de chaque côté. Cette immersion permet au miel de bien pénétrer dans toutes les alvéoles de la pâtisserie. Retirez avec l’écumoire en laissant l’excédent s’égoutter, puis disposez sur une grille. Saupoudrez généreusement de sésame grillé sur toutes les faces pendant que le miel est encore collant. Laissez refroidir complètement avant de déguster. Les chebakia se conservent plusieurs semaines dans une boîte hermétique à température ambiante.
Mon astuce de chef
Pour réussir le tressage délicat des chebakia, n’hésitez pas à vous entraîner d’abord avec une portion de pâte test. La gomme arabique, ingrédient traditionnel souvent méconnu, joue un rôle structurant essentiel en renforçant la tenue de la pâte lors du façonnage et en créant cette texture croustillante si caractéristique après la friture. Si vous ne parvenez pas à en trouver, vous pouvez la remplacer par une cuillère à café supplémentaire de levure chimique, bien que le résultat soit légèrement différent. Pour vérifier la bonne température de l’huile sans thermomètre, plongez un petit morceau de pâte : il doit remonter rapidement à la surface en grésillant doucement. Enfin, travaillez dans un endroit frais car la pâte se manipule mieux lorsqu’elle n’est pas trop molle.
Thé à la menthe marocain : l’accord traditionnel
Les chebakia se dégustent traditionnellement accompagnées d’un thé à la menthe bien chaud et sucré, breuvage emblématique de l’hospitalité marocaine. La fraîcheur mentholée du thé contraste merveilleusement avec la douceur miellée et la texture croustillante de ces roses dorées. Préparez un thé vert de type gunpowder, infusé avec des feuilles de menthe fraîche et généreusement sucré. Servez-le dans des verres à thé traditionnels pour une expérience authentique. Pendant le ramadan, ce duo thé-chebakia accompagne la rupture du jeûne à l’heure du ftour, le repas du soir. Vous pouvez également proposer un café aux épices ou une infusion de verveine pour varier les plaisirs tout en restant dans l’esprit des traditions maghrébines.
L’info en plus
Les chebakia, également appelées griwech dans certaines régions du Maroc, incarnent l’art pâtissier marocain dans toute sa splendeur. Leur forme évoque une rose épanouie ou une fleur de jasmin, symbole de beauté et de générosité. Cette pâtisserie ancestrale trouve ses origines dans les traditions andalouses introduites au Maroc au fil des siècles. Sa préparation collective, souvent réalisée entre femmes de la famille, représente un moment de transmission culturelle où les gestes précis du tressage se transmettent de mère en fille. La présence de gomme arabique dans la recette traditionnelle témoigne des échanges commerciaux historiques entre le Maroc et l’Afrique subsaharienne. Bien que fortement associée au ramadan, la chebakia apparaît également lors d’autres célébrations comme les mariages ou les fêtes religieuses. Chaque région marocaine possède ses variantes : certaines familles ajoutent du curcuma pour une couleur plus intense, d’autres parfument davantage à la cannelle ou au gingembre. Cette diversité fait la richesse d’un patrimoine culinaire vivant et en constante évolution.



