Le matlouh, aussi appelé khobz eddar ou pain à la poêle, représente une institution dans la gastronomie algérienne. Cette spécialité berbère, cuite traditionnellement sur une tadjine en terre cuite, accompagne parfaitement les plats en sauce comme la chorba, cette soupe généreuse qui réchauffe les cœurs lors du ramadan ou des soirées fraîches. Contrairement au pain classique, le matlouh se distingue par sa texture alvéolée et moelleuse, obtenue grâce à la semoule fine et à une cuisson rapide à la poêle. Sa surface dorée et légèrement croustillante contraste avec un intérieur souple et aéré, idéal pour absorber les sauces onctueuses. Cette recette ancestrale, transmise de génération en génération, connaît aujourd’hui un regain d’intérêt auprès des amateurs de cuisine authentique. Accessible même aux débutants, elle ne nécessite que quelques ingrédients simples et aucun four, ce qui en fait une solution parfaite pour improviser un pain maison en toute circonstance.
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Ingrédients
Ustensiles
Préparation
1. Préparer la pâte
Dans un grand saladier, mélangez la semoule fine et la farine. Créez un puits au centre, c’est-à-dire une cavité creusée dans la farine pour y déposer les ingrédients liquides. Ajoutez-y la levure sèche, le sucre et le sel. Versez l’eau tiède progressivement tout en mélangeant avec une cuillère en bois. L’eau doit être à température corporelle, ni trop chaude pour ne pas tuer la levure, ni trop froide pour ne pas ralentir la fermentation. Incorporez ensuite l’huile végétale et commencez à pétrir avec vos mains. Cette étape demande de la patience et de l’énergie.
2. Pétrir la pâte
Transférez la pâte sur un plan de travail propre et légèrement huilé. Pétrissez énergiquement pendant 10 bonnes minutes en repliant la pâte sur elle-même, en l’étirant et en la pressant avec la paume de vos mains. Ce geste développe le gluten, un réseau de protéines qui donne de l’élasticité à la pâte. Vous saurez que votre pâte est prête lorsqu’elle devient lisse, souple et ne colle plus aux doigts. Si elle reste collante, ajoutez un peu de farine par petites touches. Si elle est trop sèche, humidifiez légèrement vos mains et continuez à pétrir.
3. Laisser lever la pâte
Formez une boule avec votre pâte et placez-la dans un saladier légèrement huilé. Couvrez avec un torchon propre et humide ou un film alimentaire. Installez le saladier dans un endroit tiède, à l’abri des courants d’air. L’idéal est une température entre 25 et 30 degrés. En hiver, vous pouvez placer le saladier près d’un radiateur ou dans un four éteint avec la lumière allumée. Laissez reposer pendant 1 heure à 1 heure 30. La pâte doit doubler de volume. Cette fermentation est cruciale pour obtenir un pain aéré et moelleux.
4. Diviser et façonner
Une fois la pâte bien levée, dégazez-la en appuyant légèrement dessus avec votre poing pour chasser l’air accumulé. Divisez-la en 4 portions égales d’environ 150 grammes chacune. Façonnez chaque portion en boule bien régulière en repliant les bords vers le dessous. Laissez reposer ces boules 10 minutes sous un torchon. Ce repos intermédiaire, appelé détente, permet au gluten de se relâcher et facilite l’étalage ultérieur.
5. Étaler les pains
Sur un plan de travail légèrement fariné, prenez une boule de pâte et aplatissez-la délicatement avec vos doigts. Utilisez ensuite un rouleau à pâtisserie pour l’étaler en un disque d’environ 15 centimètres de diamètre et 1 centimètre d’épaisseur. L’épaisseur est importante : trop fine, votre pain sera sec ; trop épaisse, il ne cuira pas correctement au centre. Piquez légèrement la surface avec une fourchette pour éviter la formation de grosses bulles d’air. Procédez de même avec les autres boules.
6. Cuire à la poêle
Chauffez une poêle antiadhésive à feu moyen sans matière grasse. La poêle doit être bien chaude mais pas fumante. Déposez délicatement un disque de pâte dans la poêle. Laissez cuire 3 à 4 minutes sans bouger. Vous verrez la surface se couvrir de petites bulles et le pain gonfler légèrement. Lorsque le dessous est bien doré avec quelques taches brunes, retournez-le à l’aide d’une spatule. Poursuivez la cuisson 3 à 4 minutes de l’autre côté. Le pain doit être bien doré des deux côtés et sonner creux quand on tapote dessus. Répétez l’opération avec les autres disques.
7. Maintenir au chaud
Au fur et à mesure de la cuisson, empilez vos pains matlouh dans un torchon propre et refermez-le. Cette technique permet de conserver la chaleur et l’humidité, ce qui maintient les pains moelleux. La vapeur emprisonnée dans le torchon va attendrir la croûte et éviter qu’elle ne durcisse. Servez rapidement pour profiter de leur texture optimale, encore tièdes et parfumés.
Mon astuce de chef
Pour un matlouh encore plus moelleux, remplacez la moitié de l’eau par du lait tiède. Cette astuce apporte du moelleux et une légère saveur lactée très agréable. Si vous préférez une version plus rustique avec davantage de caractère, augmentez la proportion de semoule par rapport à la farine. Pour vérifier que votre poêle est à la bonne température, déposez une petite goutte d’eau : elle doit grésiller sans s’évaporer instantanément. Si vos pains ne gonflent pas assez, vérifiez la fraîcheur de votre levure et la température de votre eau. Enfin, vous pouvez congeler les pains cuits : réchauffez-les ensuite quelques secondes au micro-ondes ou à la poêle.
Accords traditionnels
Le matlouh s’accompagne traditionnellement de thé à la menthe, cette boisson emblématique du Maghreb préparée avec du thé vert gunpowder, de la menthe fraîche et beaucoup de sucre. Pour un repas complet, servez-le avec une chorba bien chaude, accompagnée d’un verre de leben ou lait fermenté qui facilite la digestion. Si vous préférez une option sans alcool plus contemporaine, optez pour un jus d’orange pressé ou une limonade maison à la fleur d’oranger. L’acidité des agrumes contraste agréablement avec la douceur du pain. Pour les amateurs de saveurs épicées, un jus de tomate relevé au harissa constitue un accord audacieux et réussi.
L’info en plus
Le matlouh trouve ses origines dans les traditions culinaires berbères d’Afrique du Nord, particulièrement en Algérie et au Maroc. Son nom signifie littéralement le plat en arabe dialectal, en référence à sa forme aplatie. Historiquement, ce pain était cuit sur une tadjine en terre cuite posée sur des braises, une méthode qui conférait au pain un goût fumé caractéristique. Dans les familles algériennes, le matlouh représente bien plus qu’un simple accompagnement : il symbolise le partage et la convivialité. Traditionnellement préparé par les femmes de la maison, il accompagne tous les moments importants, du petit-déjeuner au dîner en passant par le goûter. Durant le ramadan, il devient incontournable pour rompre le jeûne, servi avec de la chorba, du hrira ou simplement tartiné de beurre et de miel. Sa préparation sans four en fait un pain démocratique, accessible même dans les foyers les plus modestes. Aujourd’hui, le matlouh connaît un succès grandissant dans les boulangeries spécialisées et les restaurants maghrébins à travers le monde.



